Les profondes mutations technologiques que connaît l’humanité depuis le début du XXIe siècle exercent des répercussions considérables sur les systèmes éducatifs à travers le monde. Face à l’accélération des innovations scientifiques, numériques et communicationnelles, l’éducation s’impose plus que jamais comme un enjeu stratégique pour la préparation des générations futures et pour le développement des nations.
Conscient de l’importance de ces défis, le Forum Ibn Khaldoun consacre son article de référence du mois de juillet 2026 à la présentation de quelques extraits commentés de l’ouvrage Les Sept Savoirs nécessaires à l’éducation du futur, rédigé par Edgar Morin à la demande de l’UNESCO. Cette présentation, élaborée avec l’assistance des outils d’intelligence artificielle sous la supervision éditoriale du Forum, ne vise pas à se substituer à la lecture de l’œuvre originale, mais à mettre en lumière certaines de ses idées les plus fécondes. Plus d’un quart de siècle après sa publication, cet ouvrage conserve une remarquable actualité pour les décideurs, les éducateurs et l’ensemble des acteurs concernés par l’avenir de l’école tunisienne.
À travers cet article, le Forum entend également rendre hommage à Edgar Morin, l’une des grandes figures intellectuelles de notre temps, dont l’appel à une réforme de la pensée et à une éducation capable d’appréhender la complexité du monde demeure d’une pertinence exceptionnelle — notamment pour la Tunisie dans sa quête d’un modèle éducatif à la fois moderne, ouvert et fidèle à ses valeurs.
I. Les cécités de la connaissance : l’erreur et l’illusion
Le premier savoir est sans doute le plus dérangeant. Morin observe que l’éducation transmet des connaissances mais enseigne rarement ce qu’est la connaissance elle-même : « Toute connaissance comporte le risque de l’erreur et de l’illusion. » La connaissance n’est pas un miroir du monde extérieur ; elle résulte d’opérations mentales, de constructions intellectuelles et d’interprétations culturelles qui peuvent introduire des déformations.
Dans un monde saturé d’informations, où circulent rumeurs, manipulations et fausses nouvelles, l’esprit critique devient une compétence civique fondamentale — une exigence particulièrement importante pour la formation du citoyen tunisien appelé à exercer son jugement dans un espace public de plus en plus complexe.
II. Les principes d’une connaissance pertinente
Le deuxième savoir s’attaque à la fragmentation des connaissances : « Il faut remplacer une pensée qui sépare par une pensée qui relie. » La spécialisation scientifique a permis des progrès considérables, mais les grands problèmes contemporains ne respectent pas les frontières académiques. Morin appelle à une « connaissance pertinente », capable de relier les parties au tout et le tout aux parties.
Comprendre les questions de l’emploi, de l’éducation, de l’environnement ou de l’aménagement du territoire exige précisément cette capacité à relier les dimensions économiques, sociales, culturelles et politiques d’un même problème.
III. Enseigner la condition humaine
« L’être humain est à la fois biologique, psychique, social, affectif et rationnel. » L’éducation devrait permettre à chacun de comprendre cette unité complexe de la condition humaine, et montrer comment l’individu appartient simultanément à une histoire personnelle, à une culture particulière et à une humanité commune.
Pour un pays comme la Tunisie, héritier de multiples traditions historiques et culturelles, cette compréhension de la pluralité humaine peut constituer un puissant facteur de cohésion nationale et d’ouverture intellectuelle.
IV. Enseigner l’identité terrienne
Le quatrième savoir est probablement le plus prophétique : « Pour la première fois dans l’histoire humaine, le destin planétaire est devenu une réalité. » Les crises écologiques, sanitaires, économiques ou climatiques révèlent chaque jour davantage cette interdépendance. L’éducation doit développer la conscience d’une appartenance commune à la Terre — ce que Morin nomme l’« identité terrienne ».
Cette réflexion trouve un écho particulier dans l’espace méditerranéen : les questions relatives à l’eau, à l’environnement, à la sécurité alimentaire ou aux migrations dépassent les frontières nationales.
V. Affronter les incertitudes
« Il faut apprendre à naviguer dans un océan d’incertitudes à travers des archipels de certitudes. » Les systèmes éducatifs ont longtemps privilégié les connaissances stables et les vérités établies ; or l’histoire humaine est largement façonnée par l’imprévu. Il ne s’agit pas d’abandonner les connaissances solides, mais de comprendre leurs limites et de développer des capacités d’adaptation, de créativité et d’initiative.
Pour les jeunes générations tunisiennes, confrontées à des mutations économiques et technologiques rapides, cette aptitude représente une compétence décisive.
VI. Enseigner la compréhension
« La compréhension est à la fois moyen et fin de la communication humaine. » Les sociétés contemporaines disposent de moyens de communication sans précédent ; pourtant, les incompréhensions et les antagonismes persistent. Comprendre autrui implique de saisir son contexte, ses motivations, ses expériences et sa sensibilité — « l’écoute, l’empathie et la capacité de reconnaître la légitimité de points de vue différents du sien ».
Morin voit dans cette aptitude l’un des fondements d’une culture démocratique authentique et du vivre-ensemble.
VII. L’éthique du genre humain
Le dernier savoir conduit à une réflexion éthique : « L’éducation doit conduire à une anthropo-éthique. » Chaque être humain appartient simultanément à trois réalités — individu, membre d’une société, membre de l’espèce humaine — et l’éthique consiste à penser ensemble ces trois dimensions. Cette éthique du genre humain repose sur la solidarité, la responsabilité et la conscience de notre destin partagé.
Conclusion
Près de trois décennies après leur formulation, les sept savoirs d’Edgar Morin demeurent d’une étonnante actualité. Au-delà des réformes institutionnelles toujours nécessaires, son œuvre rappelle que l’éducation a pour finalité première de former des esprits libres, capables de comprendre la complexité du réel, de dialoguer avec autrui et d’assumer leur responsabilité dans le devenir commun de l’humanité : apprendre non seulement à connaître, mais aussi à comprendre, à relier et à agir.
Pour la Tunisie, confrontée aux défis de la modernisation, de la transition numérique, du développement durable et de la consolidation démocratique, cette pensée offre de précieuses pistes de réflexion.
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