Exposés et Débats

Débat sur les startups en Tunisie et les mécanismes de financement

Restitution de la conférence d'Alaya Bettaieb, ancien DG de Smart Capital, sur l'écosystème Startup Tunisia, ses mécanismes de financement (Startup Act, fonds ANAVA) et le passage d'une fabrique de startups à une « innovation nation ».

Pour éclairer les piliers, les mécanismes de financement, les objectifs et les obstacles de l’écosystème tunisien des startups, le Forum Ibn Khaldoun pour le Développement a invité, le 7 avril 2026, Monsieur Alaya Bettaieb, ancien Directeur général de Smart Capital (2021-2024) et ancien Secrétaire d’État à la Coopération internationale (2011-2013). La réflexion sur cet écosystème remonte à l’après-2011, à la suite du constat de l’exode des jeunes talents tunisiens, essentiellement vers l’Europe ; elle a abouti à la loi Startup Act de mai 2018, opérationnelle en mai 2019, puis à la création de Smart Capital.

Startup Tunisia : trois piliers

  • Startup Act — la loi accorde un package de 22 incitations aux entrepreneurs, investisseurs et startups, géré par Smart Capital via la plateforme startup.gov.tn. Le programme de labellisation, unique en Afrique et au Moyen-Orient, donne de la visibilité au potentiel technologique du pays par secteur.
  • Startup Ecosystem — à travers le programme Flywheel (mars 2021), il soutient l’émergence de startups (sous-programmes AIR et AIR2 : subventions de 30 kDT puis 200 kDT) et la création de structures d’appui — incubateurs, accélérateurs et studios (sous-programmes DEAL et SAIL).
  • Le financement — le fonds de fonds ANAVA a drainé des fonds de croissance et d’expansion régionaux et étrangers, attirés par le vivier de talents tunisiens, avec un objectif annoncé de 100 millions d’euros.

Un succès institutionnel aux limites structurelles

Les chiffres sont significatifs : 1 250 startups labellisées, plus de 560 opérations d’investissement et plus de 107 structures d’accompagnement. La Tunisie est sortie du stade expérimental, et les premières sorties (exits) prouvent qu’un retour sur capital est possible. Le mécanisme de financement n’a toutefois financé qu’environ 70 startups sur 1 250 labellisées, freiné par la rigidité des conditions réglementaires et le retard du nouveau code des changes — qui pousse de nombreuses startups à ouvrir des filiales à l’étranger, en France notamment.

L’écosystème reste encore principalement administratif, centré sur les aides, peu industrialisé, peu internationalisé et trop dépendant de l’État. Le constat central : « la Tunisie fabrique des startups, mais pas encore une startup nation » — trop peu de startups globales, faible présence en deeptech, universités encore déconnectées du capital-risque et culture entrepreneuriale fragile.

Les recommandations

Alaya Bettaieb conclut par un ensemble de recommandations stratégiques : passer du « Startup Act » à un « Innovation Nation Act » (talents, recherche, propriété intellectuelle, IA, export, souveraineté technologique) ; créer un global talent visa ; transformer les universités en moteurs d’innovation ; lancer des venture studios nationaux adossés aux grands problèmes du pays (eau, agriculture durable, énergie, santé, logistique) ; déployer une stratégie IA nationale ; décentraliser l’écosystème au-delà de Tunis ; passer de l’aide à la commande publique en réservant 5 à 10 % des marchés publics innovants aux startups ; connecter startups et industrie ; et attirer les fonds du Golfe et d’Afrique. L’enjeu le plus pressant demeure la rétention des talents, à travers un « Tunisia Innovation Compact » mêlant fiscalité attractive, qualité de vie, visas, stock-options et hubs d’innovation.


Restitution complète et présentation de référence en téléchargement ci-dessous.

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