Les volets de la synthèse
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Innovation et valorisation des ressources humaines
54 propositions — innovation, éducation, santé publique et diaspora.
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Partenariat, compétitivité et viabilité
106 propositions — partenariats, diversification, compétitivité et équilibres financiers.
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Ressources naturelles, logistique et infrastructure
63 propositions — eau, énergie, sols, logistique et infrastructure.
Entre juin 2017 et juin 2021, le Forum Ibn Khaldoun pour le Développement a consolidé quatre années de débats sectoriels en trois documents de synthèse totalisant 223 propositions adressées aux pouvoirs publics tunisiens. Le présent récapitulatif réorganise ces contributions en huit thèmes transversaux, du capital humain à l’infrastructure, en passant par la diplomatie économique et la souveraineté des ressources. Les trois documents sources restent consultables et téléchargeables ci-dessus.
Innovation et recherche scientifique
Le Forum fait de la recherche et de l’innovation le levier du passage d’une économie à faible valeur ajoutée vers une économie de la connaissance, en s’inspirant des trajectoires de la Corée du Sud, de la Finlande, du Japon et de Singapour.
- Adopter un plan directeur de la recherche scientifique et technologique fixant les priorités selon les besoins des secteurs productifs, sur la base d’évaluations périodiques pour limiter la dispersion des efforts.
- Restructurer l’université comme centre de la recherche : autonomie de gouvernance et budgétaire, prix de la recherche, crédits sectoriels dédiés à la R&D, renforcement du Comité national de l’évaluation (CNEARS).
- Établir des liens durables et proactifs entre l’université, les centres techniques et les entreprises, et créer une synergie entre universités publiques et privées.
- Restructurer la recherche agricole (variétés adaptées au climat aride, lutte contre la salinisation, vulgarisation) et renforcer la recherche sur l’olivier et les ressources halieutiques.
- Engager la recherche en santé et en biotechnologie dans des partenariats avec les centres techniques et les groupes pharmaceutiques, débouchant sur des brevets.
- Renforcer le rôle des entreprises publiques (Compagnie des phosphates de Gafsa, STEG, SONEDE, Tunisie Télécom) dans la recherche technologique.
- Attirer les investissements directs étrangers dans la R&D en valorisant les avantages comparatifs (agriculture, TIC, santé, électronique).
- Préparer le pays à la nouvelle révolution industrielle (intelligence artificielle, robotique, nanotechnologie, biotechnologie) et faire de la Tunisie une plateforme de cybersécurité.
- Activer le réseau de pôles technologiques : dupliquer El Ghazala, renforcer Borj Cédria et Médenine pour les énergies renouvelables et leur stockage à l’échelle africaine.
Sources : Innovation et recherche scientifique — avr. 2017 · Valorisation des ressources humaines — janv. 2017 · Nouvelle révolution industrielle — mars 2018 · Gestion des sols et agriculture durable — fév. 2018
Éducation, formation et enseignement supérieur
La refonte du système éducatif vise le passage de la logique d’accumulation des connaissances à celle de « l’éveil de l’intelligence », et le repositionnement de la Tunisie comme plateforme régionale d’enseignement.
- Élaborer une stratégie de lutte contre l’abandon scolaire (près d’un million de jeunes concernés, plus d’un milliard de dinars de perte annuelle).
- Développer l’enseignement technique et professionnel au collège et au secondaire, avec des passerelles dans les deux sens vers l’enseignement général.
- Réduire le redoublement : généraliser le préscolaire dans les zones prioritaires, accompagnement individualisé, formation continue des enseignants.
- Renforcer l’alphabétisation des adultes pour ramener le taux d’analphabétisme à 5 % au plus à l’horizon 2030.
- Améliorer le rendement de l’école publique : maîtrise des langues, capacité d’analyse et de synthèse, unification de la gouvernance au sein d’un seul département.
- Renforcer l’adéquation formation-emploi, l’ouverture de l’école et de l’université sur l’entreprise et l’international, et l’évaluation périodique (réinsertion dans le programme PISA).
- Réformer l’enseignement supérieur : loi unifiée public/privé, organisme indépendant d’accréditation et d’évaluation, passerelles entre secteurs, tutelle libératrice plutôt que de contrôle tatillon.
- Faire de la Tunisie une plateforme d’exportation de l’enseignement : facilitation des visas et cartes de séjour pour étudiants étrangers, application stricte de la loi criminalisant la ségrégation raciale.
Sources : Enjeux du système d’éducation et de formation — mars 2020 · L’université privée en Tunisie — nov. 2018 · Tunisie plateforme universitaire — mars 2021 · Valorisation des ressources humaines — janv. 2017
Santé publique et protection sociale
Le Forum propose de refonder l’hôpital public comme épine dorsale du système de santé, d’instaurer une couverture universelle des soins essentiels et de valoriser la Tunisie comme hub afro-méditerranéen de santé.
Système et hôpital public
- Recentrer le ministère de la santé sur un rôle normatif : politique du médicament, prévention, vaccination, système d’information digitalisé.
- Réorganiser les structures de santé en pôles d’excellence régionaux et moderniser le réseau des dispensaires.
- Engager un programme pilote de mise à niveau (CHU, hôpital régional, hôpital de circonscription, centre de soins de base), puis l’étendre : comptabilité analytique, plans de charge aux normes internationales, maîtrise de la dépense, sécurité des urgences, loi sur la responsabilité médicale.
- Recentrer les soins autour du patient (dossier médical détenu par le patient) et accélérer l’accréditation des établissements à l’horizon 2030.
- Renforcer l’agence nationale d’accréditation et créer une agence nationale du médicament indépendante.
Exportation de soins
- Faire de la Tunisie un hub afro-méditerranéen de santé : valorisation des sites thermaux, accréditation internationale des cliniques, accords-cadres avec les caisses de sécurité sociale de l’espace euro-africain, agence du tourisme médical.
Protection sociale
- Payer les arriérés de la CNAM envers l’hôpital public (près de 700 MDT en 2018) et réformer la CNSS et la CNRPS.
- Généraliser une couverture universelle des soins essentiels et insérer le million de Tunisiens sans couverture (AMG1/AMG2) ; accélérer le registre social unifié.
- Lancer des campagnes d’adhésion à la sécurité sociale en direction du secteur informel et engager une réflexion sur un revenu universel de base.
Sources : Le dilemme de la santé publique — oct. 2019 · Réforme du secteur de la santé — déc. 2019 · Tunisie plateforme de santé — janv. 2021 · Crise économique et sociale 2020 — mai 2020
Partenariat international, diaspora et intégration régionale
La diplomatie économique tunisienne est pensée comme multidirectionnelle, conjuguant ancrage euro-méditerranéen, ouverture asiatique, redéploiement africain et mobilisation de la diaspora.
Union européenne et Maghreb
- Finaliser le bilan officiel de l’Accord d’association de 1995 et engager l’ALECA selon une démarche graduelle, globale et inclusive (produits sensibles exclus, mise à niveau de l’environnement de l’entreprise, protection sociale, soutien aux reconversions).
- Relancer la construction maghrébine par une approche sectorielle (tourisme, transport aérien, télécommunications) et un partenariat renforcé entre entreprises.
Asie et Amérique
- S’engager dans la « nouvelle route de la soie » et négocier des partenariats avec la Chine, le Japon (TICAD) et l’Inde, en favorisant la triangulation avec l’Europe et l’Afrique.
- Rééquilibrer la balance commerciale avec la Chine (taux de couverture inférieur à 2 %) et mener de vastes campagnes d’attraction des IDE asiatiques ; valoriser l’accord TIFA et le statut d’allié majeur non-membre de l’OTAN.
Afrique
- Intégrer la COMESA et la CEDEAO (potentiel d’importations supérieur à 100 milliards de dollars) et mettre en place des lignes de crédit avec la BAD, la BID et la BADEA.
- Exporter l’expertise publique sur le modèle de STEG International (SONEDE, ONAS, CNI), accueillir 20 000 étudiants africains et aider les jeunes diplômés à s’installer en Afrique subsaharienne.
- Faire de la TICAD 8 (Tunis, 2022) un levier : fonds de solidarité, développement soft et culturel, partenariat science-technologie, triangulation.
Diaspora
- Réduire le coût des transferts de la diaspora de 8 % à 3 % à l’horizon 2030 (cible ONU), lancer des emprunts obligataires en devises et une plateforme de transferts sécurisés.
- Mobiliser les compétences de la diaspora (réseaux de veille, fédérations d’associations, transfert de technologie) et réviser la rémunération des hauts cadres pour retenir les talents.
Sources : Partenariat Tunisie–UE — mars 2017 · Enjeux Maghreb–Europe — sept. 2017 · La place de l’Asie — fév. 2020 · Coopération avec l’Afrique subsaharienne — fév. 2019 · Huitième édition de la TICAD — mai 2021 · La place de la diaspora — janv. 2020
Diversification et montée en gamme de l’économie
Le Forum plaide pour concentrer l’effort sur un nombre réduit de secteurs d’excellence et réallouer les ressources vers les activités innovantes à forte valeur ajoutée.
Stratégies sectorielles
- Faire des trois produits phares de la Tunisie de 2040 — l’huile d’olive, la santé-enseignement et l’électricité-électronique (automobile, aéronautique) — des vecteurs d’excellence.
- Réallouer les ressources vers les activités à forte valeur ajoutée et approfondir la faisabilité de l’économie verte.
Numérique
- Mettre en œuvre une stratégie intégrée de transformation numérique : plateformes d’incubation, infrastructure haut débit, assouplissement du change pour les logiciels, exploitation du big data.
Agriculture et agro-alimentaire
- Rénover et moderniser l’agriculture, développer prudemment l’aquaculture et la pêche artisanale, réformer la politique des prix agricoles et renforcer la recherche.
Tourisme, artisanat et industries
- Rénover et diversifier le tourisme (durable, respectueux de l’environnement) et relancer l’artisanat comme source de revenus et d’emplois.
- Analyser le repli des industries mécaniques et électriques, soutenir le textile-habillement et engager un plan d’urgence pour les industries insérées dans les chaînes de valeur mondiales.
Sources : Partenariat Tunisie–UE — mars 2017 · Enjeux et priorités de l’année 2020 — sept. 2019 · L’économie numérique en Tunisie — sept. 2020 · L’insertion de l’agriculture dans l’ALECA · Le tourisme en Tunisie — oct. 2018
Compétitivité, climat des affaires et équilibres financiers
La viabilité du modèle suppose une entreprise transparente, un climat des affaires assaini, des finances publiques redressées et un environnement institutionnel et culturel rénové.
Climat des affaires et compétitivité
- Promouvoir l’entreprise transparente, améliorer le classement « Doing Business » et activer le Conseil national du dialogue social créé en 2017.
- Mettre en place un fonds d’investissement de grande taille, relancer l’investissement privé et le partenariat public-privé, et promouvoir un « État stratège » qui fixe le cap.
- Accélérer l’administration électronique et la compétitivité des services publics, et refondre en profondeur le code des changes.
Équilibre budgétaire et financier
- Redresser les finances publiques : réforme fiscale (simplification, équité, élargissement de l’assiette), rationalisation des dépenses et audit de la fonction publique.
- Réformer la compensation et les subventions, notamment énergétiques, et créer une agence de gestion dynamique de la dette publique.
- Restructurer les entreprises publiques et le secteur bancaire, et faciliter l’accès des PME au financement.
Environnement politique, culturel et social
- Mettre en place la Cour constitutionnelle et les instances, et amender le code électoral dans le sens de la moralisation de la vie politique.
- Renforcer la dimension culturelle du développement (valoriser la pensée d’Ibn Khaldoun, bâtir une plateforme culturelle méditerranéenne), placer le concept du « bonheur » des Nations Unies au cœur des politiques publiques et consolider l’esprit civil et le volontariat.
Sources : Compétitivité de l’entreprise tunisienne — déc. 2018 · Relance de l’investissement — déc. 2017 · Crise économique et sociale 2020 — mai 2020 · La pensée économique d’Ibn Khaldoun — juin 2017
Eau, énergie et ressources naturelles
Face au stress hydrique et à la dépendance énergétique, le Forum dessine une politique de souveraineté fondée sur la résilience climatique, la valorisation des eaux usées traitées et l’essor des renouvelables.
Gestion de l’eau
- Élaborer un schéma prospectif de l’eau à l’horizon 2100 et des plans d’action cohérents aux échelles locale, régionale et nationale.
- Créer une Agence d’économie de l’eau (pertes de 27 % à la SONEDE et 40 % sur le réseau d’irrigation) et protéger les barrages contre l’envasement (lacs collinaires, reforestation, conservation des eaux et du sol).
- Adapter le modèle de développement aux contraintes hydriques et recourir avec discernement aux nappes fossiles en concertation régionale.
- Réutiliser intégralement les eaux usées traitées (240 millions de m³ épurés en 2014, un quart seulement réutilisé), recourir au dessalement adossé au solaire et transformer les stations d’épuration en outils de valeur ajoutée (modèle de Singapour).
- Renforcer la résilience climatique (une hausse de 1,5 °C entraînerait −25 % des ressources), maîtriser la pollution (coût de dégradation évalué à 0,6 % du PIB) et protéger les aires maritimes (golfe de Gabès, phosphogypse).
Gestion de l’énergie
- Affirmer le leadership du secteur, adopter une vision énergie 2050 concertée et faire de l’ETAP une plateforme régionale.
- Créer une structure indépendante de régulation et une agence des énergies renouvelables, lever les obstacles aux projets (guichet unique à l’ANME) et atteindre les objectifs 2030.
- Réviser le code des hydrocarbures (réservoirs non conventionnels, récupération additionnelle), concrétiser la liaison électrique de 600 MW avec l’Italie et renforcer l’efficacité énergétique (intensité énergétique double de celle de Singapour ou de la Suisse).
Sols et ressources naturelles
- Renforcer la conservation des sols (pertes de 27 000 hectares par an), accélérer l’apurement foncier et enrayer le morcellement des terres agricoles.
- Inventorier et protéger les ressources naturelles et activer la coopération régionale (nappe du continental intercalaire, dépollution de la Méditerranée, protection de la forêt).
Sources : Problématique de l’eau — nov. 2016 · Gestion de la demande en eau — avr. 2018 · Le recyclage de l’eau — janv. 2019 · L’eau en 2050 : stress et résilience — fév. 2021 · Sécurité énergétique — nov. 2019 · Les énergies renouvelables — oct. 2020 · Économie bleue en Méditerranée — juin 2020
Logistique et infrastructure
La compétitivité logistique et le rattrapage de l’infrastructure conditionnent l’attractivité du territoire et l’intégration de la Tunisie dans les chaînes d’échanges, notamment avec l’Afrique.
- Faire évoluer le transport vers les meilleures pratiques internationales : clusters, plateformes logistiques, externalisation et dématérialisation des procédures.
- Créer une agence de logistique (sur le modèle marocain) et mettre en œuvre un plan directeur visant le top 60 mondial de l’indice de performance logistique.
- Réaliser un port en eau profonde et une zone logistique d’appui (modèle Tanger-Med) et étendre le port de Radès, dont l’engorgement a coûté près de 900 MDT en 2017.
- Accélérer la route saharienne via l’Algérie, l’accord Open Sky et le renforcement de la liaison internet haut débit, en particulier avec l’Afrique subsaharienne.
- Renforcer les moyens des régions (décentralisation) et généraliser le haut débit dans les régions intérieures (modèles de l’Estonie et de la Finlande).
- Activer la loi sur le partenariat public-privé (une quinzaine de projets, plus de 7 milliards de dinars) et lancer la nouvelle génération d’infrastructures : quai de Radès, zones logistiques, unités de dessalement, câble électrique sous-marin avec l’Europe et « Blue Bonds » pour l’économie bleue.
Sources : La logistique en Tunisie — juil. 2017 · Problématique du développement régional — nov. 2017 · Relance de l’investissement — déc. 2017 · Enjeux et priorités de l’année 2020 — sept. 2019 · Économie bleue en Méditerranée — juin 2020